Belles Orientales

 Regards vers l’Est, au-delà de l’Oural. Les littératures orientales sont portées par des femmes de grand talent, dont l’écriture vive et généreuse évoque la dure condition féminine, les rites et usages inscrits dans l’Histoire, les événements, les passions et les déchirements. 

Première étape : l’Inde.
  Les Editions Zulma  publient le second roman d’Anjana Appachana, L’Année des secrets (2013). Traduit par Catherine Richard, il nous plonge dans la vie d’une famille à travers les regards de trois générations. Ce sont essentiellement les femmes qui portent la vie de la famille, souvent soumises, voire violentées, sauvegardant l’honneur, confinant dans le secret les plus brûlantes douleurs.
Avec finesse et délicatesse, Anjana Appachana livre un monde foisonnant de passions, de souvenirs, d’espoirs. De la pensée féminine indienne, elle révèle l’intimité secrète, ce qui rend ses personnages si proches et si vrais.
Les Editons Zulma présentent ici un dossier complet sur Anjana Appachana et ses œuvres.
  
 Après l’Inde, le Vietnam, que Kim Thuy et sa famille ont quitté pour le Canada. Dans ru (Liana Levi 2010), son premier roman, elle évoquait avec grâce et finesse les années de guerre et l’exil. Sur le même ton, man (Liana Levi 2013) est une fiction qui place l’exil dans la vie quotidienne, entre un vieux mari restaurateur et un jeune amant français, à l’ombre d’une mère soucieuse et au milieu des parfums de la cuisine vietnamienne.
Dans les deux romans, Kim Thuy montre la même légèreté, la même capacité de savourer la vie, dans une douce mélancolie et avec le souci constant de ne blesser personne.Un joyeux entretien avec l’auteure dans une bibliothèque québécoise se trouve ici.

 Le Vietnam encore, à la fin de la guerre d’Indochine : c’est la trame du premier roman de Hoai Huong Nguyen, L’ombre douce (Viviane Hamy 2013). Yann, soldat breton soigné dans un hôpital de Hanoï, s’éprend de Mai, la jeune Annamite qui aide les équipes médicales. Promise à un autre par son père, elle s’enfuit et épouse en secret le soldat blessé. Celui-ci, à peine guéri et marié, doit rejoindre les bataillons basés à Diên Biên Phu. Vaincus au terme d’une bataille effroyable, les survivants sont faits prisonniers. Parmi eux, Yann, le soldat breton que Mai cherchera à délivrer, quel qu’en soit le prix.
Hoai Huong Nguyen vit et enseigne en France où elle mène des recherches en poésie comparée. La poésie, justement, qui est constamment présente dans son roman. C’est une simple histoire d’amour dans la guerre, que l’auteure livre avec une ferveur et une délicatesse qui sont à l’image de sa personne. Hoai Huong Nguyen présente brièvement son roman ici. 

 Le Japon enfin, où l’on peut passer des journées entières à la lecture des romans, nouvelles et récits de Yôko Ogawa. Chaque livre a son originalité, son ton, son rythme. Tous les titres traduits en français sont édités chez Actes Sud.
La formule préférée du professeur(2005) est l’histoire d’un vieillard dont la mémoire ne va pas au-delà de quelques dizaines de minutes et qui fait découvrir les mathématiques au jeune fils de sa femme de ménage. La musique est l’objet de Tendres plaintes (2010) : elle occupe la vie d’un facteur de clavecins, de son apprentie et de la narratrice. Dans une forêt éloignée de la ville, leurs maisons sont presque voisines et chacun vit son propre malheur en tentant de protéger sa solitude. Amours en marge (2005) évoque une femme qui devient sourde lorsque son mari la quitte. Si les bruits du monde ne l’atteignent plus, sa vie intérieure est bruissante. Quant à La marche de Mina (2008), c’est le temps de l’enfance de la narratrice alors qu’elle séjourne dans la famille de sa cousine Mina tandis que sa mère, veuve, poursuit sa formation à Tokyo.
Le dernier roman de Yôko Ogawa, Le petit joueur d’échecs (2013), traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle, est présenté sur France-Culture qui propose ici
un entretien avec l’auteure (traduction du japonais, environ 30 minutes)