Coups de coeur

 Quand le talent des écrivains rencontre la curiosité des éditeurs – et la compétence des traducteurs –,  il en résulte des livres passionnants. 

 Depuis 2006, les éditions Gallmeister publient les œuvres d’écrivains américains. Ron Carlson est l’un d’eux. Professeur de littérature à l’Université de Californie, il est connu aux Etats-Unis pour ses nouvelles et romans qui donnent une large place à la nature du grand Ouest. Sa singularité réside dans la force, la détermination de ses personnages, confrontés à des situations qu’ils ne cherchent pas à fuir. Traduits par Sophie Aslanides, deux romans ont été publiés en français, Le signal (2011 puis 2012 en poche, collection Totem) et Cinq ciels (2012).
Le signal raconte la dernière randonnée d’un couple qui se sépare. Lui, Mack, sort de prison et entame cette marche en gardant secrète une ultime mission douteuse grâce à laquelle il espère se sauver d’une faillite financière. Sa femme, Vonnie, vit déjà avec un autre homme, riche avocat connu pour quelques transactions louches. Tentant de retrouver une complicité perdue, ils vont se heurter l’un l’autre et devoir affronter des individus inquiétants et dangereux.
Quant à Cinq ciels, c’est le récit de la construction par trois hommes d’une scène de rodéos de motos dans un canyon. Au-dessus du vide, le défi est immense. Les nombreuses descriptions techniques de la construction, d’une précision presque obsessionnelle, sont comme un écho à la confrontation des hommes entre eux, à celle que chacun mène face à son passé et aux relations qu’ils nouent autour d’eux.
Ce sont deux romans puissants, pleins d’humanité, de fierté. Sur le site des éditions Gallmeister, l’œuvre de Ron Carlson est présentée ici et .

  Les éditions Liana Levi se risquent régulièrement à publier les premiers romans d’auteurs inconnus. C’est le cas de Lucile Bordes qui signe Je suis la marquise de Carabas (2012). Ce n’est pas une fiction puisque la narratrice évoque l’histoire de sa famille. Son ancêtre fut en 1850 le créateur du Grand Théâtre Pitou. Deux générations de marionnettistes forains ont parcouru les routes, installé la scène et tiré les fils des marionnettes dans des spectacles dont ils créaient le texte et les acteurs. La troisième génération, au début des années 1920, s’est lancée dans la projection de films muets, accompagnés de musique et de bruitages. Mais la lassitude de la vie nomade et quelques déboires ont découragé le grand-père de l’auteure qui s’est résolu à vendre son enseigne. Il n’a conservé du passé que le piano, des partitions de films muets et l’acte de vente du théâtre qu’il s’en va consulter régulièrement et en secret à la banque où il l’a enfermé dans un coffre.
Poésie et nostalgie animent ce livre magique, émouvant, léger. Le Musée Gadagne à Lyon conserve les marionnettes et les décors du Grand Théâtre Pitou. Il se visite ici où l’on trouve une fiche au format PDF sur « les Pitou, une dynastie de marionnettistes forains » : choisir ‘Ressources’ dans le menu, puis ‘Fiches de salle’. Quelques photos des décors magnifiques du théâtre sont .

  Après Là-haut, tout est calme, le deuxième roman de Gerbrand Bakker, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, vient de paraître aux éditions Gallimard.
Le détour est une histoire de rupture, de fuite, d’isolement. Une femme, universitaire travaillant à une thèse sur Emily Dickinson, quitte sa famille, son emploi, son pays et s’en va vivre, recluse, dans une ferme isolée au Pays de Galles. Pour compagnie, elle a un troupeau de dix oies, qui disparaissent l’une après l’autre comme les dix petits nègres d’Agatha Christie. Pour horizon, elle a la mer, un cercle de pierres où elle observe un blaireau et le village où elle s’approvisionne. Pour visiteurs, elle aperçoit le fermier voisin qui la surprend inopinément et elle héberge un jeune randonneur et son chien. Désormais, elle ne sera plus tranquille.
L’éditeur présente ici le roman dont les premières pages sont disponibles à la lecture.