Arts, Littérature, Cinéma

Ecrivains "durables"

L’un est publié depuis peu, les autres ont construit une œuvre de longue haleine, ce sont trois écrivains à ne pas manquer aujourd’hui et à suivre dans le temps.

L’édition française de L’moi-jean-gabin,M95597Art de la joie (Viviane Hamy 2005) avait captivé les lecteurs de Goliarda Sapienza. Moi, Jean Gabin (Editions Attila 2012), évocation légère et ardente de l’enfance, les avait tout autant réjouis.

Dans L’Université de Rebibbia (Editions Attila Le Tripode 2013), Goliarda Sapienza retrace son séjour dans la prison pour femmes de Rome où elle purge une peine pour vol de bijoux. Mais hormis la difficulté de prendre physiquement soin d’elle, l’auteure ne s’attarde pas sur sa personne. Ce sont ses compagnes d’infortune qui l’intéressent, qu’elle considère avec tendresse, avec humour, qu’elle observe et écoute pour apprendre d’elles. A l’intérieur de murs décrépits, dans des couloirs bruyants et des cellules vétustes, toutes s’appliquent à la justice, à la solidarité. On apprend que la plus infime beauté sauve du désespoir et que la liberté est à l’intérieur de soi.
Les Editions Attila Le Tripode ont entrepris de publier l’intégralité de l’œuvre de Goliarda Sapienza décédée en 1996. Ici, l’éditeur présente L’Université de Rebbibia et une lectrice mêle commentaires et citations.

  C’est en 2012 que Frfrancois_gardeançois Garde a été publié pour la première fois. Ce qu’il advint du sauvage blanc (Gallimard) a été couronné du Goncourt du premier roman et de quelques autres prix. Pas de lauriers cette année pour son nouveau roman, Pour trois couronnes (Gallimard 2013), palpitant d’aventures.
A partir d’un texte manuscrit découvert dans les archives d’un richissime commerçant décédé, et à l’aide de maigres indices, le narrateur mène une enquête originale et passionnante dans le temps et l’espace. Le marchand aurait-il, à la suite d’un marché auquel il avait été contraint dans ses jeunes années, un héritier inconnu jusqu’ici ? Parcourant un siècle et trois continents, l’auteur évoque ainsi la filiation, l’identité, l’héritage.
Dans un entretien, à propos de Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde parle en détail de son travail de romancier.

   Les romans de Llouise_erdrichouise Erdrich sont depuis longtemps traduits en français. Américaine d’ascendance indienne, ses origines reviennent dans tous ses livres. Son dernier roman, Dans le silence du vent (Albin Michel 2013) est fidèle à ce choix. Il mêle la réalité des faits aux légendes et aux traditions de la tribu.
Couronné aux Etats-Unis de prix prestigieux, Dans le silence du vent relate les méandres de la justice quand elle doit se rendre en faveur des Indiens. Mais bien plus profondément, le roman explore la révolte d’un adolescent dont la mère a été victime d’un viol, relevant probablement de l’impunité selon les lois en vigueur.
Les Editions Albin Michel présentent longuement leur auteur ici et se trouvent des commentaires à propos de ce roman intense et puissant.

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Voyages en terre inconnue

ecoute_Inde  Gérard Busquet vient de publier aux éditions Transboréal un nouvel ouvrage “A L’écoute de l’Inde- Des mangroves du Bengale aux oasis du Karakoram- ” qui nous mène du Bangladesh au Pakistan en passant par l’Inde. Ce livre de voyage atypique fait revivre des communautés en voie de disparition, méconnues des touristes et souvent même des  élites de leur propre pays. Des hommes simples, courageux et rudes qui continuent pratiques, métiers et traditions séculaires dans des paysages fascinants. L’écrivain journaliste porte un regard chaleureux, respectueux et empathique sur un monde qui disparait lentement. Ce sont des voyages en terre inconnue, mais sans caméras  de télévision  et sans stars …
Le livre est disponible en particulier sur le site de la Librairie du voyage  spécialisée dans les ouvrages consacrés évidemment aux voyages : cartes, guides, catalogues et livres.

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Belles Orientales

 Regards vers l’Est, au-delà de l’Oural. Les littératures orientales sont portées par des femmes de grand talent, dont l’écriture vive et généreuse évoque la dure condition féminine, les rites et usages inscrits dans l’Histoire, les événements, les passions et les déchirements. 

Première étape : l’Inde.
  Les Editions Zulma  publient le second roman d’Anjana Appachana, L’Année des secrets (2013). Traduit par Catherine Richard, il nous plonge dans la vie d’une famille à travers les regards de trois générations. Ce sont essentiellement les femmes qui portent la vie de la famille, souvent soumises, voire violentées, sauvegardant l’honneur, confinant dans le secret les plus brûlantes douleurs.
Avec finesse et délicatesse, Anjana Appachana livre un monde foisonnant de passions, de souvenirs, d’espoirs. De la pensée féminine indienne, elle révèle l’intimité secrète, ce qui rend ses personnages si proches et si vrais.
Les Editons Zulma présentent ici un dossier complet sur Anjana Appachana et ses œuvres.
  
 Après l’Inde, le Vietnam, que Kim Thuy et sa famille ont quitté pour le Canada. Dans ru (Liana Levi 2010), son premier roman, elle évoquait avec grâce et finesse les années de guerre et l’exil. Sur le même ton, man (Liana Levi 2013) est une fiction qui place l’exil dans la vie quotidienne, entre un vieux mari restaurateur et un jeune amant français, à l’ombre d’une mère soucieuse et au milieu des parfums de la cuisine vietnamienne.
Dans les deux romans, Kim Thuy montre la même légèreté, la même capacité de savourer la vie, dans une douce mélancolie et avec le souci constant de ne blesser personne.Un joyeux entretien avec l’auteure dans une bibliothèque québécoise se trouve ici.

 Le Vietnam encore, à la fin de la guerre d’Indochine : c’est la trame du premier roman de Hoai Huong Nguyen, L’ombre douce (Viviane Hamy 2013). Yann, soldat breton soigné dans un hôpital de Hanoï, s’éprend de Mai, la jeune Annamite qui aide les équipes médicales. Promise à un autre par son père, elle s’enfuit et épouse en secret le soldat blessé. Celui-ci, à peine guéri et marié, doit rejoindre les bataillons basés à Diên Biên Phu. Vaincus au terme d’une bataille effroyable, les survivants sont faits prisonniers. Parmi eux, Yann, le soldat breton que Mai cherchera à délivrer, quel qu’en soit le prix.
Hoai Huong Nguyen vit et enseigne en France où elle mène des recherches en poésie comparée. La poésie, justement, qui est constamment présente dans son roman. C’est une simple histoire d’amour dans la guerre, que l’auteure livre avec une ferveur et une délicatesse qui sont à l’image de sa personne. Hoai Huong Nguyen présente brièvement son roman ici. 

 Le Japon enfin, où l’on peut passer des journées entières à la lecture des romans, nouvelles et récits de Yôko Ogawa. Chaque livre a son originalité, son ton, son rythme. Tous les titres traduits en français sont édités chez Actes Sud.
La formule préférée du professeur(2005) est l’histoire d’un vieillard dont la mémoire ne va pas au-delà de quelques dizaines de minutes et qui fait découvrir les mathématiques au jeune fils de sa femme de ménage. La musique est l’objet de Tendres plaintes (2010) : elle occupe la vie d’un facteur de clavecins, de son apprentie et de la narratrice. Dans une forêt éloignée de la ville, leurs maisons sont presque voisines et chacun vit son propre malheur en tentant de protéger sa solitude. Amours en marge (2005) évoque une femme qui devient sourde lorsque son mari la quitte. Si les bruits du monde ne l’atteignent plus, sa vie intérieure est bruissante. Quant à La marche de Mina (2008), c’est le temps de l’enfance de la narratrice alors qu’elle séjourne dans la famille de sa cousine Mina tandis que sa mère, veuve, poursuit sa formation à Tokyo.
Le dernier roman de Yôko Ogawa, Le petit joueur d’échecs (2013), traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle, est présenté sur France-Culture qui propose ici
un entretien avec l’auteure (traduction du japonais, environ 30 minutes)

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La Roque déjantée ?

Ce mardi 30 juillet à la Roque d’Anthéron, il s’est passé un évènement musical peu ordinaire. En première partie de la Nuit du Jazz, Roberto Fonseca assura avec brio ses héritages musicaux cubains et africains. Les applaudissements continus et nourris témoignaient d’un fort consensus.
La surprise pour les spectateurs fut la deuxième partie avec la prestation du “Shibuza Shirazu Orchestra” . Le dit consensus se brisa au bout d’une dizaine minutes: de nombreux spectateurs quittèrent alors la salle en flux discret mais continu.
Alors pourquoi  sommes-nous restés?
Première raison: dans le cadre du Festival International de Piano nous étions preneurs de cette offre musicale nouvelle annoncée “phénomène musical et visuel comme seul le Japon peut en inventer”
Deuxième raison: Nous n’avons pas été déçus, loin s’en faut. Même si à quelques moments la sono frisait l’insupportable, nous avons assisté à un spectacle plein d’inventivité, de création, d’enthousiasme et où la magie opère  si l’on accepte de se laisser embarquer…
Merci donc à Monsieur René Martin, Directeur du Festival, pour cette programmation audacieuse et incongrue dans le cadre de ce Festival de Piano.

 

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Théorbe, cornet à bouquin et tarentelles

Spécialiste de musique ancienne, Christina Pluhar a fondé en 2000 l’ensemble  l’Arpeggiata. Ce jeudi 18 juillet cette formation était au Théâtre des Carrières du village des Taillades; à deux pas de Maubec. Issu de l’album musical “Méditerranéo”, le concert enchaîne une sélection de chants et tarentelles provenant d’Italie, de Grèce et d’Espagne soutenus par des instruments de musique peu connus comme le théorbe et le cornet à bouquin. Soirée exceptionnelle par la qualité des musiques proposées et des interprètes musiciens, chanteurs et danseuse. Ce voyage musical à travers la méditerranée aurait pu figurer au programme de Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture. Ce n’est pas le cas, dommage! Ce passé revisité par l’ensemble l’Arpeggiata est sacrément moderne et endiablé.

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Du noir pour l'été …

Longtemps ’mauvais genre’, la littérature policière est enfin reconnue pour ses réelles qualités. Des journées entières de lecture passionnante !

 Caryl Férey a été remarqué pour ses romans Haka et Utu qu’ils situaient en Nouvelle-Zélande, et Zulu, évoquant l’Afrique du Sud. Nouveau changement de continent avec Mapuche (Gallimard 2012). A Buenos Aires, quelques dizaines d’années après la fin de la dictature et à la sortie de la crise financière, Jana, une jeune Indienne mapuche, et Ruben, rescapé de l’Ecole de Mécanique de la Marine devenu détective se trouvent fortuitement confrontés aux anciens bourreaux et à leurs amis influents. Des travestis sont torturés et mutilés avant d’être achevés, une photographe disparaît. Les mères et grands-mères de la place de Mai cherchent sans relâche les enfants enlevés à leurs parents biologiques, les bourreaux pratiquent encore la torture comme aux heures les plus sombres de l’histoire de l’Argentine, les fantômes de l’oppression rôdent, entre silence, délation, corruption.
Mapuche est une histoire d’amour dont la ferveur permet de supporter les horreurs de la barbarie, de la violence, de la vengeance. Dans un entretien, Caryl Férey dit n’avoir rien inventé : c’est ici.

 Dave Robicheaux est le personnage de prédilection de James Lee Burke. Dans Swan Peak (Rivages 2012, traduit par Christophe Mercier), le dix-septième volet dont on dit ici qu’il est le meilleur de la série, Robicheaux, sa femme Molly et son inséparable ami Clete Purcel se sont installés provisoirement dans le Montana après l’ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane. Purcel est pris à parti par des sbires travaillant pour un entrepreneur fortuné et peu scrupuleux, tandis que des crimes sordides sont perpétrés dans les environs.
Impossible de résumer ce roman foisonnant dans lequel le passé des personnages est la cause de leurs malheurs actuels. Désespoir et violence les habitent. Prison, torture, guerre, viol mais aussi tendresse, musique et espoir ténu, rien n’est étranger à la plume de James Lee Burke. Dans le territoire magnifique du Montana se tisse une intrigue complexe où chaque protagoniste est le reflet de l’humanité, horreur et beauté confondues. 

 A l’instar de Dave Robicheaux, le commissaire Erlendur est le personnage récurrent des romans d’Arnaldur Indridason. Mais il était éloigné des dernières enquêtes parues. Un livre entier lui est consacré aujourd’hui : Etranges rivages (Métailié 2013, traduit par Eric Boury).
Tourmenté toute sa vie par la mort de son jeune frère perdu dans la lande islandaise aux portes de l’hiver, Erlendur revient dans la maison de son enfance et cherche dans les montagnes des traces du passé. En même temps que son histoire personnelle ressurgit le souvenir d’événements tragiques qui se sont déroulés dans la région. Dans les villages défigurés par l’installation de nouvelles usines, Erlendur visite, interroge, enquête. Les habitants préservent les secrets. Mais ce que découvre Erlendur est glaçant.
Le site des Editions Métailié recense de multiples avis parus sur ce dernier roman tandis qu’ici se trouve une interview d’Arnaldur Indridason à propos de son héros.

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"Mon île de Montmajour"

 
  Sur la route d’Arles à Fontvieille, il est un magnifique lieu pour les expositions: l’abbaye de Montmajour. Cette année Christian Lacroix est le commissaire et le scénographe de l’exposition “Mon île de Montmajour”. La confrontation des travaux de divers artistes et  plasticiens contemporains (verre, peinture, photographie, couture …) avec l’architecture de l’abbaye est une belle réussite.
La visite en est des plus agréables et elle pourra s’effectuer jusqu’au 3 novembre 2013. La vidéo ci-dessous regroupe quelques photos prises lors de notre parcours en ces lieux.
N’oubliez pas de mettre le son, Youn Sun Nah accompagne les images de sa voix magique …

 

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Coups de coeur

 Quand le talent des écrivains rencontre la curiosité des éditeurs – et la compétence des traducteurs –,  il en résulte des livres passionnants. 

 Depuis 2006, les éditions Gallmeister publient les œuvres d’écrivains américains. Ron Carlson est l’un d’eux. Professeur de littérature à l’Université de Californie, il est connu aux Etats-Unis pour ses nouvelles et romans qui donnent une large place à la nature du grand Ouest. Sa singularité réside dans la force, la détermination de ses personnages, confrontés à des situations qu’ils ne cherchent pas à fuir. Traduits par Sophie Aslanides, deux romans ont été publiés en français, Le signal (2011 puis 2012 en poche, collection Totem) et Cinq ciels (2012).
Le signal raconte la dernière randonnée d’un couple qui se sépare. Lui, Mack, sort de prison et entame cette marche en gardant secrète une ultime mission douteuse grâce à laquelle il espère se sauver d’une faillite financière. Sa femme, Vonnie, vit déjà avec un autre homme, riche avocat connu pour quelques transactions louches. Tentant de retrouver une complicité perdue, ils vont se heurter l’un l’autre et devoir affronter des individus inquiétants et dangereux.
Quant à Cinq ciels, c’est le récit de la construction par trois hommes d’une scène de rodéos de motos dans un canyon. Au-dessus du vide, le défi est immense. Les nombreuses descriptions techniques de la construction, d’une précision presque obsessionnelle, sont comme un écho à la confrontation des hommes entre eux, à celle que chacun mène face à son passé et aux relations qu’ils nouent autour d’eux.
Ce sont deux romans puissants, pleins d’humanité, de fierté. Sur le site des éditions Gallmeister, l’œuvre de Ron Carlson est présentée ici et .

  Les éditions Liana Levi se risquent régulièrement à publier les premiers romans d’auteurs inconnus. C’est le cas de Lucile Bordes qui signe Je suis la marquise de Carabas (2012). Ce n’est pas une fiction puisque la narratrice évoque l’histoire de sa famille. Son ancêtre fut en 1850 le créateur du Grand Théâtre Pitou. Deux générations de marionnettistes forains ont parcouru les routes, installé la scène et tiré les fils des marionnettes dans des spectacles dont ils créaient le texte et les acteurs. La troisième génération, au début des années 1920, s’est lancée dans la projection de films muets, accompagnés de musique et de bruitages. Mais la lassitude de la vie nomade et quelques déboires ont découragé le grand-père de l’auteure qui s’est résolu à vendre son enseigne. Il n’a conservé du passé que le piano, des partitions de films muets et l’acte de vente du théâtre qu’il s’en va consulter régulièrement et en secret à la banque où il l’a enfermé dans un coffre.
Poésie et nostalgie animent ce livre magique, émouvant, léger. Le Musée Gadagne à Lyon conserve les marionnettes et les décors du Grand Théâtre Pitou. Il se visite ici où l’on trouve une fiche au format PDF sur « les Pitou, une dynastie de marionnettistes forains » : choisir ‘Ressources’ dans le menu, puis ‘Fiches de salle’. Quelques photos des décors magnifiques du théâtre sont .

  Après Là-haut, tout est calme, le deuxième roman de Gerbrand Bakker, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, vient de paraître aux éditions Gallimard.
Le détour est une histoire de rupture, de fuite, d’isolement. Une femme, universitaire travaillant à une thèse sur Emily Dickinson, quitte sa famille, son emploi, son pays et s’en va vivre, recluse, dans une ferme isolée au Pays de Galles. Pour compagnie, elle a un troupeau de dix oies, qui disparaissent l’une après l’autre comme les dix petits nègres d’Agatha Christie. Pour horizon, elle a la mer, un cercle de pierres où elle observe un blaireau et le village où elle s’approvisionne. Pour visiteurs, elle aperçoit le fermier voisin qui la surprend inopinément et elle héberge un jeune randonneur et son chien. Désormais, elle ne sera plus tranquille.
L’éditeur présente ici le roman dont les premières pages sont disponibles à la lecture.

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Parmi les cadeaux

Ce sont des livres qui se sont glissés dans les entrefilets plutôt qu’à la une des pages de l’automne littéraire. Qu’ils soient tragiques ou foncièrement optimistes, qu’ils évoquent les affrontements de la vie quotidienne ou l’amour perdu, ils ont leur place parmi les cadeaux.

 Tragique et prémonitoire, le roman de François Vallejo, Métamorphoses (Viviane Hamy 2012). Bien avant que l’actualité ait à s’occuper de l’affaire Merah, l’auteur disséquait, décortiquait, analysait en profondeur les parcours parallèles de deux jeunes gens : celui d’un scientifique, allant de la liberté au fanatisme, et celui de sa demi-sœur, du déni à la résignation.
Pierre Assouline démontre ici la valeur de ce roman puissant et singulier, tandis que on peut faire connaissance avec l’auteur à travers une interview datant de 2010.

 D’un ton résolument combatif, les nouvelles de Claire Keegan dans A travers les champs bleus (Sabine Wespieser 2012). Elles évoquent en Irlande le destin de femmes obstinées qui refusent la fatalité de leur condition, le désarroi des hommes dont le pouvoir, indiscutable jusqu’ici, est combattu, la fragilité de l’enfance que les unes et les autres tentent de sauvegarder.
Claire Keegan est ici l’invitée de l’émission « Pas la peine de crier » sur France Culture (l’entretien commence à 18’30’’). 

Une histoire d’amour au fil de l’Histoire du XXe siècle : c’est le roman d’Alex Capus, Léon et Louise (Actes Sud 2012). Il retrace la vie du grand-père de l’auteur. Léon rencontre Louise à la fin de la Première Guerre mondiale, la perd aussitôt, fonde une famille sans oublier son premier amour, mène une carrière de fonctionnaire au Quai des Orfèvres pendant l’Occupation, retrouve Louise après la Libération. Entre humour et nostalgie, deux vies tendues vers un amour impossible.
Dans son blog, Marie-Dominique Godfard présente avec tendresse ce roman attachant. C’est ici.

 Franchement optimiste, le roman d’Audur Ava Olafsdottir, L’Embellie (Zulma 2012). L’auteure islandaise avait enchanté ses lecteurs avec Rosa Candida (Zulma 2010). Elle récidive en racontant le voyage d’hiver dans l’île d’une jeune femme abandonnée le même jour par son mari et son amant et qui se voit confier la garde de l’enfant de sa meilleure amie. Ce dernier, Tumi, est presque sourd, très myope. Ensemble au milieu des intempéries, ils vont de péripéties en rencontres, nouent et dénouent des relations, avec légèreté et détermination. C’est irrésistible.
Les éditions Zulma présentent ici l’auteure, ses romans et des liens vers des émissions de radio et de télévision qui lui sont consacrées.

 

 Heureuses fêtes ! Bonne lecture !

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Ecrivains des grands espaces: La Terre

Confinés dans leur lieu d’écriture, sur l’espace resserré de la page ou de l’écran, trois écrivains évoquent de vastes territoires, leurs terres préférées.

 Depuis la fin des années 1980, Rick Bass vit avec sa famille dans un Etat qu’il chérit entre tous : le Montana. Dans Winter (Folio 2010) – publié en 1991 aux Etats-Unis –, il raconte leur installation dans une vallée reculée, aux portes de l’hiver. Pas de voisins proches, pas d’électricité ni de téléphone, mais par –40° une nature éblouissante sous la neige.

C’est toujours la même terre qu’il exalte avec enthousiasme dans son dernier récit, Le journal des cinq saisons (Christian Bourgois 2011). La vallée du Yaak est un lieu incomparable, où la préservation de la nature sauvage exige une solide énergie et une attention constante. Faune et flore sont une richesse inestimable, mise en péril par la rapacité de promoteurs cupides.

La cinquième saison se situe entre la fonte des glaces et la repousse de la végétation, saison de boue. Mais la plus spectaculaire est celle des incendies de fin d’été : sévèrement surveillés et contenus, les feux éviteront le pourrissement de la forêt, les cendres seront l’engrais de la renaissance. La maîtrise de l’incendie impose la solidarité, la générosité, le savoir-faire. Toutes qualités indispensables à la sauvegarde de cette nature incomparable.

Ici, Thierry Guichard, rédacteur en chef de l’excellente revue littéraire Le matricule des anges, écrit dans son blog – citations à l’appui – tout le bien qu’il pense de Rick Bass.

  Galsan Tschinag est originaire de Mongolie occidentale. Il est le chef d’un clan regroupant des familles de nomades touvas. Après avoir vécu en Allemagne (il écrit en allemand) et parcouru le monde, il est de retour dans le Haut-Altaï où il vit désormais dans sa yourte, « de luxe », précise-t-il.
Son récit, Chaman (Métailié 2012), retrace une partie de sa vie : ses études à Leipzig alors que la Mongolie se trouvait sous domination soviétique, ses rencontres de par le monde. Revenu définitivement dans sa terre d’origine, il est reconnu, respecté, choyé. Tout en défendant la culture et la tradition, il s’efforce de porter le regard des membres du clan au-delà de l’horizon des steppes. Et s’il évoque le passé, c’est pour mieux ancrer dans la réalité son rêve le plus cher : le retour de son peuple dans le Haut-Altaï où la caravane va s’établir et reprendre le mode de vie traditionnel. Mais malgré la volonté de demeurer unis, des conflits agitent la tribu.
Lisant ses rêves comme des prémonitions, Galsan Tschinag pressent la précarité des liens qui unissent la terre et ses habitants. La vie nomade sur les vastes plateaux du Haut-Altaï est d’une extrême fragilité, toujours en butte aux sollicitations du XXIe siècle qui s’étalent sur les écrans.
Une présentation de Chaman se trouve ici et une journaliste, Claire Teysserre-Orion, relate son voyage dans les terres de Galsan Tschinag. 

  Dans le premier roman de Jón Kalman Stefánsson traduit en français, Entre ciel et terre (Gallimard 2010), un pêcheur islandais amoureux de poésie mourait de froid pendant une sortie en mer. Tellement préoccupé par ses lectures, il avait oublié sa vareuse lors de l’embarquement. Un de ses compagnons, un adolescent, partait alors rendre à son propriétaire le livre qui avait tant captivé le malheureux marin. C’était une première traversée de l’Islande.
Jón Kalman Stefánsson récidive dans La tristesse des anges (Gallimard 2011). Pendant les terribles rigueurs de l’hiver, un facteur parcourt le pays. Il est envoyé jusque dans les fjords du Nord dont la traversée le terrorise, aux confins de l’île. Un adolescent l’accompagne, le même sans doute que celui du roman précédent. La navigation dans les fjords est un enfer, le parcours à travers les terres également. Ils avancent avec une extrême lenteur au milieu de tempêtes effroyables. Dans des visions de cauchemar et dans la réalité, la mort les accompagne sans cesse.
Ce sont deux romans d’une densité saisissante, où les grands espaces tout à la fois emportent les humains et les enferment en eux-mêmes.
 Ici se trouve une présentation de La tristesse des anges et une interview de l’auteur à l’occasion de la parution de Entre ciel et terre

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